Esthétisme vs. Concept

J’ai assisté mercredi à la conférence de Mario Mercier et de Jean-Jacques Stréliski à l’UQAM dans le cadre de l’exposition des affiches de Raymond Savignac. Ils ont chacun présenté ce qu’ils croyaient être une «bonne affiche». D’un côté, Stréliski, le volubile publicitaire, et de l’autre, Mario Mercier, reconnu particulièrement pour les affiches qu’il a conçues pour le théâtre de Quat’sous.

La dichotomie entre les deux genres a été illustrée par les nombreux exemples de travaux présentés par les deux conférenciers. On aurait pu croire qu’il n’existe que deux manières de créer une affiche : soit l’approche conceptuelle, très souvent photographique, préconisée par les publicitaires, ou l’approche artistique, beaucoup plus orientée vers l’illustration abstraite. Pour ma part, j’ai l’impression que Marc Choko, l’organisateur de la conférence, a délibérément invité deux personnes aux visions diamétralement opposées afin de susciter un débat. Mais l’effet fut plutôt contraire. On sentait que Stréliski admirait sincèrement le travail de Mercier, tandis que Mercier a avoué qu’Orangetango devient parfois prisonnier du style illustratif de leurs affiches pour le Quat’sous…

La solution se trouverait-elle en un compromis entre les deux approches?


13 commentaires sur «Esthétisme vs. Concept»

  1. 1 Nicolas Gauthier

    À mon avis, trop de publicitaires se concentrent uniquement sur le concept sans se soucier suffisamment de la direction artistique de leurs affiches. C’est peut-être la faute de leurs clients qui recherchent l’impact avant tout, mais le défi réside justement dans l’articulation visuelle d’un concept intelligent et intelligible. À l’opposé, il semble y avoir une tendance dans le milieu théâtral montréalais en ce moment pour des affiches dérivées de ce que Orangetango a fait pour le Quat’sous, et Lino semble être l’illustrateur officiel du milieu théâtral québécois. Il me semble qu’il existe d’autres approches que d’utiliser jusqu’à saturation le même illustrateur…

  2. 2 Laurent Rabatel

    Je n’ai aucun avis sur le fait que les publicitaires exploitent la photographie ou que les designers soient aiment l’illustration. La seule question que l’on doit poser est la suivante :
    Est-ce que cette affiche répond aux besoins de communication décidés à la base ?
    Le reste n’est qu’onanisme et guerres de religions stériles.

  3. 3 Philippe Lamarre

    Bien sûr, on peut toujours se rapporter au brief du client, mais une affiche occupe l’espace public. Quand on regarde le respect que l’on voue à l’affiche en Europe et qu’on voit ce qui est produit ici, il y a lieu de s’inquièter : soit on manque de designers de talents (j’en doute), soit on manque de clients avec une vision plus grande que leur petits besoins immédiats. À mon avis, le problème est plutôt là.

  4. 4 Foudesîles

    Pour ma part, je crois que le choix de l’illustration ou de la photo ou de toute autre technique visuelle ne doit servir qu’a contribuer à déamrquer le message dans un contexte particulier. Si toute les compagnies de théâtre utilise l’illustration, la photo peut s’avérer un choix aproprié pour se démarquer. Il n’y a pas de règles absolues.

  5. 5 Laurent Rabatel

    Sans vouloir pratiquer une sorte d’Onanisme intellectuel, je crois, Philippe, que le problème n’est pas le client. Je suis désolé, c’est plus une question d’ouverture de la part des "designers / publicitaires". Il y a une méchante paresse intellectuelle dans ce métier, non ? Arrêtez de regarder les concours de design et faites donc des choses que vous aimez avec vos clients.

  6. 6 Alain Roy

    Pour ma part, je crois que c’est un problème de société, on vit dans un monde de néo-libéralisme qui prône le profit. Sauf peut-être pour le milieu culturel, le but ultime de l’affiche publicitaire est avant tout de générer des profits. Je suis en partie d’accord avec M. Lamarre, une éducation de la clientèle est nécessaire pour l’avancement du design publicitaire. La paresse intellectuelle est une réalité de notre société.

  7. 7 alexandre emetique

    Les designers graphiques europeens sont beaucoup plus intellectuels que nous. C’est une réalité, il ne faut pas se le cacher. Il faut d’ailleurs se demander pourquoi c’est ainsi.

    Je pense que nous sommes autant victime de nos clients que nos propres actes. Manque d’opportunité, manque d’opportunisme…

  8. 8 Philippe Lamarre

    C’est vrai Martin que la théorie est très peu enseignée à l’UQAM. Je ne sais pas pour l’université Laval, mais quelques lectures obligatoires ne feraient pas de tort. Je suis souvent outré quand je rencontre des finissants universitaires qui n’ont pratiquement aucune culture graphique. Je fais souvent le test de demander aux gens que je rencontre qu’ils me disent le dernier livre qu’ils ont lu. C’est souvent assez révélateur. Parfois aussi, je demande pourquoi avoir utilisé telle police de caractère dans tel contexte et plus souvent qu’autrement la réponse est : «je trouvais ça approprié visuellement…» Assez décevant comme explication. Il me semble que quelqu’un qui a un bacc en design doit au moins être en mesure de rationnaliser ses concepts, sinon que fera t-il en face d’un client?

    Pour ce qui est des niveaux de lecture, c’est vrai qu’on n’a pas toujours besoin de 3 niveaux de lecture, mais pour citer Michael Bierut, une affiche réussie doit fonctionner à trois niveaux : Primo, elle est accrocheuse visuellement de loin, secondo, quand on s’en approche on décode facilement le message qui nous est destiné, et tertio, si on s’y attarde un peu, on découvre un petit quelque chose de plus qui vient ficeler l’expérience et la rendre mémorable. On peut dire qu’on a accompli notre travail quand toutes ces conditions sont remplies.

  9. 9 Ronald Filion Mallette

    Les trois ans ou quatre années d’un premier cycle constituent généralement une base dite professionnelle qui permettra, de manière facultative, la poursuite d’études supérieures, mais qui essentiellement préparera Jeannette et Jean à leur insertion sociale, à l’exercice d’un travail plus ou mois utile à la collectivité. S’il est très utile, le grand public s’en préoccupera. C’est-à-dire qu’un premier cycle nord américain, bachelor degree j’entends au sens large, doit permettre l’acquisition de compétences professionnelles. Qui dit professionnelle, dit habituellement ordre professionnel, doté d’un mandat de protection du public, dont l’adhésion est impérative pour la pratique.

    Les programmes académiques sont alors standardisés en fonction de critères de qualité non pas précis, mais exacts, entre les différentes institutions afin d’obtenir des résultats de même nature, de même qualité, comparables et assurément comparés.

    La base des connaissances et données minimales qu’un étudiant doit maîtriser pour exercer une profession est habituellement imposante, son examen d’admission à l’ordre le confirmera dans sa capacité. La base minimale qu’un d.a. ou un designer graphique doit maîtriser pour bien réussir sur le plan professionnel serait-t-elle mince, voire maigre. Voilà peut-être une piste d’explication à l’absence de nombreuse lecture, d’examen périodique, d’approches théorique, historique, sociale sur le design et ses multiples sphères d’applications. C’est poche, j’en conviens, mais comme me racontait un ami récemment, la démarche tient souvent davantage d’un concours de beauté, dans la perception qu’en a le public et souvent même les designers, que d’une création intelligible et communicante.

    Si l’on retrouve du manièrisme graphique narcissique, de l’impressionnisme indéchiffrable, etc. en matière de communication graphique, ailleurs aussi bien qu’ici, c’est peut-être, en partie, parce que les besoins primaires du marché n’imposent pas de critère de qualité mesurable aux association et ordre professionnel du design, ces derniers ne ressentant que peu de pression qualitative, n’imposent alors pas aux universités de base minimale, les universités sont alors libres de livrer les candidats qu’elles veulent bien, avec les avantages et inconvénients que cette liberté permet, au niveau d’un premier cycle toujours.

    Pourquoi diable se casser la tête alors qu’un beau design fera la job? http://www.beau-design.com/ aurait-t-il tout compris avec leur stratégie de naming?

    R

  10. 10 alexandre emetique

    Le problème de l’UQAM, c’est qu’elle devrait arréter de s’auto-satisfaire, parce que justement, il n’y a toujours pas de maitrise.
    Peut-etre que le D.E.S.S. en creation publicitaire changera la donne…

    C’est drole que tu parles de beau-design… J’ai toujours eu un bug avec ce nom.. Enfin, ils ont gagné, il est gravé dans ma tête.

  11. 11 Simon Éthier

    Je trouve étrange qu’on oppose au début de ce débat ces deux affiches, comme l’esthétisme et le concept, comme il l’a déjà été fait avec la forme et la fonction. Personnellement, je trouve que les deux peuvent être à la fois bien esthétiques et tout à fait conceptuelles. C’est d’ailleurs cette conjonction des deux qui en fait des réussites.
    Or, l’annonce d’un théâtre de petite envergure et d’un magasin de vêtements haut de gamme pour hommes ne doivent pas s’appuyer sur le même concept, ni sur la même esthétique, tout simplement. S’il est approprié de choisir la métaphore et l’illustration pour le théâtre, il l’est tout autant d’utiliser la photo claire et le clin d’oeil humoristique pour le complet. Les deux rejoignent leur public cible. Chacune des publicités est bien réalisée et il relève des goûts de chacun de les définir comme "belle" ou non.
    Un concept peut être aussi "gratuit" qu’un choix esthétique, la campagne actuelle de Virgin Mobile en est bien la preuve. Et parfois le "gratuit" fonctionne.
    Pour avoir moi aussi assisté à la conférence, une première conclusion est que chacun des conférenciers semble avoir été, à un moment ou un autre, esclave de son expérience et de son style de campagne. Cela n’est-il pas inévitable quand on réussit quelque chose?

  12. 12 Philippe Lamarre

    Simon,

    l’idée d’opposer ces deux affiches au début du débat servait à illustrer le propos de la conférence : on a séparé les deux comme s’il s’agissait de deux approches distinctes alors que ça ne devrait pas être le cas. J’ai donc utilisé deux "cas extrêmes". Je trouvais cette polarisation des idées inappropriée dans le cadre d’une expo de Raymond Savignac qui a su faire des affiches publicitaires esthétique avec des concepts!

  13. 13 Renaud

    J’ai assisté à cette confrence+expo, Ça faisait partie de mon apprentissage que d’y être. J’y ai appris des choses donc à mon sens c’était très bien.

    Jusqu’à maintenant, ça donne ce folio: http://www.renaudsubtil.com

    Je n’ai rien de Savignac quoique j’aimerais matriser son approche concise.

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