Sommes-nous des acteurs?

Je suis présentement en train de lire American Mutt Barks in the Yard, la dernière parution d’Emigre [#68], le magazine jadis révolutionnaire des années 90 qui s’est récemment muté en livres de poche trimestriels. Leurs éditions sont généralement des collections d’essais courts (ils sont destinés à des designers après tout…) écrits par des penseurs du milieu universitaire américain tels que Jeffery Keedy, Kenneth Fitzgerald ou Lorraine Wild. Ce dernier numéro est intéressant car il s’agit d’un long essai rédigé par David Barringer, un illustre inconnu, qui s’interroge (sans qu’on sache trop où il veut en venir) à sa place dans la société actuelle en tant que designer graphique.

Dans un passage que j’ai trouvé particulièrement intéressant, il compare le travail du designer graphique à celui d’un acteur, comme quoi nous ne sommes que les interprètes du scénario (le brief) d’un réalisateur (le client) et que nous essayons tant bien que mal d’incarner son message.Nous acceptons de nous faire diriger et parfois même de nous faire dicter quoi faire (un peu comme Pascale Bussières dans le poche film sur Alys Robi de Denise Filiatrault…) puisque nous ne sommes pas les auteurs du scénario ni en charge de la caméra. Voilà un constat ma foi véridique dans lequel on se reconnaît certainement tous à un certain point mais qui me semble tellement déprimant… je me souviens de Tibor Kalman qui à son retour à NYC suite à son séjour en Italie à la tête du magazine Colors avait décidé qu’il n’avait plus envie d’être seulement un «traducteur».

Pour ma part, quand j’ai commencé à m’intéresser au design graphique, je croyais qu’il s’agissait avant tout d’un métier de communicateur. Mais plus j’évolue dans le domaine plus je me rends compte qu’effectivement, nous ne sommes que rarement appelés à vraiment contrôler un message. J’ai donc décidé de ne plus attendre le client de rêve et j’ai initié mes propres projets. Sans cela, je crois que je serais un designer tellement frustré que j’aurais certainement abandonné la profession pour me recycler en journalisme ou dans un métier qui procure plus de contrôle au niveau des messages que l’on communique.

De votre côté, avez-vous des clients qui vous font confiance au point de vous laisser orchestrer entièrement leur message ou avez-vous besoin de vos propres projets connexes pour vous épanouir?

P.S. Laurent, je sais que tu vas me ressortir ton exemple de Gallimard, mais dis-toi que ce genre de relation est l’exception, pas la règle.


8 commentaires sur «Sommes-nous des acteurs?»

  1. 1 Laurent Rabatel

    C’est moi Laurent. Parfois, je suis très con parce que mes clients, et ben, je les aime beaucoup.
    Merde, les clients ne sont pas tous comme ceux de Lichen ?
    Désolé, mais je n’y suis pour rien.
    Philippe, un journaliste a également un briefing donné par une personne.
    Moi travailler à partir d’une feuille blanche, pffff, je trouve cela chiant. Je laisse cela aux étudiants. Ils ont le temps à perdre pour fantasmer sur un métier.

  2. 2 Philippe Lamarre

    Un journaliste a un briefing?? Une assignation peut-être, mais pas de point de vue à "transmettre"…

    Sauf peut-être André Pratte de La Presse.

    Si une feuille blanche te fait chier, est-ce parce que tu n’as rien à dire? ;)

  3. 3 Laurent Rabatel

    Bah, disons, que la feuille blanche ce n’est pas notre métier.
    Je me gausse toujours lorsque j’ouvre Infopresse (Grafika est mort ?) par exemple.
    On peut parfois y lire la frustation sur la mauvaise qualité publicitaire mais lorsque j’ouvre le Guide Com, où normalement, on devrait y voir génie québécois en matière de création puisque les créatifs sont les clients et bien, je n’y vois que du conservatisme.

  4. 4 Marc-Antoine Jacques

    De mon côté, je pense qu’il y a plusieurs similitudes entre le métier d’acteur et de designer graphique. Après tout, plusieurs designers graphiques vous diront qu’ils sont là pour communiquer les idées des autres.
    Mais quand même, la qualité d’un bon acteur peut se ressentir par la capacité a proposer d’autres avenues envisageables et à choisir les projets sur lequel ils désirent travailler. Les acteurs chevronnés savent quand se prononcer sur un scénario et n’hésite pas à le remettre en question, même si son porte-monnaie risque d’en souffrir. Maintenant, existe-t-il des designers chevronnés? Il faudrait savoir le dire quand il y des projets qui mène nul part.

  5. 5 Marc-Antoine Jacques

    Salut Martin,

    Je voulais dire par là: quand un projet ne répond en besoins et ambitions d’un client. Pour ce qui est de l’expression personnelle, j’aimerais penser qu’il n’y en a aucune. Néanmoins, on s’exprime souvent beaucoup plus que l’on pense; par notre méthodologie, par notre interprétation, par nos questionnements, par nos idéologies. J’ai toujours pensé que le design graphique était une science humaine et je pense que quand nous travaillons, même si on aimerait ne pas le laisser paraître, il reste toujours une trace de penser et de geste humain.

    Je ne sais pas comment la profession va se transformer, mais je suis sûre qu’il y aura toujours quelqu’un pour amorcer une problématique, pour trouver des solutions et faire des choix. En fait, c’est peut-être ça un designer.

  6. 6 Youan L. Gagnon

    Sommes-nous des acteurs… Je vous avourez franchement que je n’en sais rien. Je répondrai donc avec mon innocence (…) d’étudiant qui n’a pas encore vraiment touché le marché du travail. J’espère que non. Mais mon petit doigt ne peut faire autrement que de me dire oui. Cependant, le peu d’expérience que j’ai eu à vivre en temps que designer rémunéré m’ont donné la chance de jouer un rôle de réalisateur, et non pas d’acteur. On peut dire que c’est la chance du débutant.

    Peut-être ce problème se rapporte encore une fois à une question d’éducation. Éducation non seulement des clients, mais des autres intervenants qui se rattachent au processus de création, comme par exemple, le marketing ou les divers branches de la communication. Je doute que les individus oeuvrant plus spécifiquement dans ces milieux soient tous au courant des rôles que nous sommes en mesure de jouer, donc de nos capacités, et de ce que nous sommes en mesure d’apporté. Peut-être qu’un peu moins de désinformation aiderait notre cause.

  7. 7 Marc Guilbault

    Seul commentaire que j’aimerais apporter:

    Le ratio d’acteurs et de comédiens est extrêmement limité comparativement aux gens oeuvrant en arts graphique.
    (voir : secrétaires, infographistes, graphistes, designers et beaux-frères-qui-connaissent-photoshop)

    Ne devient pas acteur qui veut. Seul l’acharnement et le talent permet d’arriver à ses fins. L’acteur a selon moi beaucoup plus de crédibilité et de respect de la part de son réalisateur puisque celui-ci a réussi a passer entre les mailles du contingentement scolaire et du contingentement professionnel. S’il veut travailler l’acteur doit normalement etre bon…(voir : quelques exceptions à cette règle…)

    Je me prête à l’expérience et tel un client je pointe 3 fois dans le bottin (section graphiste) voici les résultats :
    – Copies Concordia (514)931-3063
    – Bertuch L’Agence Graphique (514)982-0961
    – Imprimerie Phil-Marc (514)733-2320

    J’vous laisse tirer vos propres conclusions.

  8. 8 Mathieu Blache

    Certainement! Si tu n’as pas de gueule ca fait dure longtemps tes affaires!

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