
Certains sites web poussent l’idée du travail spéculatif (le fameux pitch) dans l’arène des gladiateurs : les designers peuvent désormais se battre sur internet pour une poignée de dollars à la conception d’un logo.
Sur 99designs.com, l’usager inscrit peut participer à autant de concours qu’il le désire. Ces concours sont offerts par des entreprises désireuses d’avoir un logo, un dépliant ou un site web pour une bouchée de pain (300$ en moyenne). Le concours se déroule sur moins de 7 jours. Le client commente en public les maquettes offertes, certains designers s’accusent de plagiat, tout ce beau monde danse pour aussi bas que 100 $…
Cette façon de faire s’appelle le crowdsourcing.
Par exemple, un site de réseautage offre 150 $ pour le design de son logo. Après six jours, plus de 59 logos ont déjà été proposés. Bien entendu, plusieurs des offrandes ne sont pas conçues par des pros, mais il y a un nombre surprenant de logos proposés par des gens qui savent visiblement ce qu’ils font.
Les sites de design à rabais et de photos à 5 $ ne sont plus les repaires exclusifs de l’amateur. Des individus au talent réel semblent se tourner vers ce type de pratique.
Les clients qui jouent à ce petit jeu ne sont pas tous animés de mauvaises intentions; il peut s’agir d’une nouvelle corporation qui effectue une recherche sur Google et qui tombe sur ce type de ressource. Un client potentiel qui ne connait rien de la valeur d’une image créée par un professionnel de la marque peut rapidement être séduit par le prix moyen d’un site comme 99designs.com.
Alors que la SDGQ a pris position contre le travail spéculatif, qui visait le traditionnel pitch pour l’obtention d’un mandat, il est nécessaire de se poser des questions sur ces nouvelles pratiques de travail spéculatif.





Ça me fait penser…
http://www.makemylogobiggercream.com/
Je ne connaissais pas 99designs mais j’en connaissais d’autres du même genre, et je partage l’avis de la plupart des professionnels à ce sujet, avis que ton titre résume parfaitement.
Non seulement le niveau graphique des soumissions n’a rien de ridicule – ce qui valide le principe – mais la mécanique du site elle-même est effrayante, puisque n’importe quel twit avec 100 $ en poche peut lancer son concours et jouer à Cesar (tu vis, tu meurs). Du ‘reality-design’, brrr !
C’est un designer qui travaille dans une agence assez reconnue qui m’a pistonné sur ce site… Il y participe au moins cinq fois par semaine. Son argument de participation est que ce type de client est nécessairement « cheap » et qu’il ne fera pas de domage à la perception de la valeur de notre travail auprès d’une clientèle raisonnable.
J’ai regardé le profil (autant que l’on puisse le faire) de certains clients sur 99designs, et ça ne semble par être que de la petite bizeness misérable, à la PATATE 3000 (quoiqu’il peut être surprenant comment un casse-croûte bien placé peut être lucratif).
Je crois que ce site profite du manque de capital et de la difficulté de lancer une entreprise. Le pire, c’est que le client qui croit économiser se retrouve avec une image qui ne sera pas nécessairement optimale pour son développement. Une bonne image peut faire toute la différence entre l’échec ou la survie d’une « start-up ».
J’ai de la difficulté à croire que je pourrais créer un logo d’une entreprise sans avoir rencontrer le client en personne. Il me semble qu’il me manquerait des informations afin de créer une image qui représente bien une entreprise. D’un certain côté, je n’ai rien contre le fait de créer un logo pour pas chère, si je crois en l’entreprise et qu’ils ont des raisons pour ne pas payer chère. Bien que ça ne doit pas devenir une généralité. Mais je suis totalement contre la pratique que ce site Internet (ou autre semblable), qui rabaisse le travail et l’intégrité des professionnels.
Je vois Martin que tu apprécie mes beaux logos…
J’aimerais apporter quelques bémols à tes commentaires :
1) effectivement, le logo est une composante du branding. Mais, souvent, c’est une composante qui a beaucoup plus de valeur que ce que les différents bouquins sur le branding veulent lui accorder. Je suis d’accord que chez un client de bonne taille, le logo est à la limite un élément parmis tant d’autre : jusqu’à la façon dont les employés répondent au téléphone est aussi essentiel à un bon brand.
Mais dans une PME, ce qui constitue la plus large part des entreprises au Canada (et de nos clients), les éléments de branding sont tout de même un peu plus limités, les budgets sont souvent beaucoup plus petits, toute proportion gardée. Chez la PME, on en veut pour son argent, et c’est très compréhensible. C’est encore plus vrai pour une entreprise en démarrage, le budget est généralement limité. Il faut être créatif pour sortir du lot et c’est pour ça que l’on nous engage. Le logo est souvent, dans ce cas, une bonne base pour le développement de l’identité. On tentera de créer une image globale pour l’entreprise où le logo est en accord avec l’identité que l’on veut donner à l’entreprise.
En ce sens, le logo n’est pas nécessairement la pierre d’assise, mais une pierre importante à l’édifice. Laisser la création de l’identité d’une entreprise à un faiseux de logo anonyme, sans contexte, comme il se pratique sur ces sites, équivaux à construire un building sans plan, sans prendre en considération l’environnement urbain immédiat.
2) Ce que Shaughnessy décrit s’applique à n’importe quel service. On sait que le plombier est bon qu’une fois qu’il aura débouché notre toilette.
3) Nous les « vrais », sommes constitués de personnes performant un service avec un degré de qualité bien divers, j’en conviens. Il n’y a aucune garantie que le travail exécuté apportera à notre client une croissance annuelle de 250 % pour les 30 prochaines années… Mais, en général, notre formation et/ou notre expérience fera en sorte que nous approcherons notre client dans une optique de globalité. Chez plusieurs cette approche sera dictée par un soucis professionnel, l’envie de bien faire, et aussi, il ne faut pas se le cacher, afin d’obtenir un mandat plus imposant et d’autres projets de ce client à l’avenir.
4) Le mouvement DIY est intéressant. Mais ce n’est pas à la portée de tous, soyons réalistes. On parle ici d’une infinitésimale minorité.
En contrepartie, il existe effectivement des commerces, à la Patate 3000, où l’image corporative à une effet insignifiant. Dans la patate, c’est plutôt location, location, location, comme on dit en anglish.
S’indigner d’un phénomène n’est pas mal en soit. Nous pouvons nous adapter à des situations sans être en accord avec elles. J’ai travaillé moi-même dans des studios de typos qui sont disparus. Tout le monde s’indignait. « La fin de la qualité », disait-on partout. Les gens chez CompoEM, Zibra, etc, se sont trouvés des jobs ailleurs. Certains n’ont jamais réussis à s’adapter, mais la majorité est devenu infographiste. Mais c’est vrai que la typo soignée, c’est de plus en plus rare.
Défendre une bonne identité est peut-être plus important que de défendre une profession.
Triste mais vrai,
À trop vouloir tout trop vite, au plus bas prix possible, c’étais logique que cette façon de vivre, penser et travailler en vienne qu’à toucher le secteur des communications graphiques. L’ère fastfood… Des templates de site web à 90$! Des logos prêts en 3 jours pour 100$! En plus, M. et Mme tout-le-monde peuvent faire leur propres critiques de ces créations… La face cachée du web 2.0!
Tout ceci ne fiat que commencer …
Pour être familière avec ce type de procédé, je tiens à souligner qu’il n’y a pas seulement des PME qui recourent à ce type de services… des agences aussi inscrivent leurs projets sur ces sites de création de logos. Avec un peu de chance, ils auront 4-5 esquisses de bon calibre pour pas cher. Quelques corrections et puis voilà, ils peuvent revendre le tout avec une belle grosse marge de profit.