Assis entre deux chaises

Après cette intempestive montée de lait contre le logo de TQS— tqs, pardon—je pense qu’une remise en question existentielle de la profession de designer graphique est de mise. Je sais qu’il s’agit d’un sujet pas mal moins grand public qu’un débat à propos du logo d’une station de télé, mais je pense qu’il faut parfois faire un Télé-Québec de nous-même. Bon, je vois déjà plusieurs d’entre vous zapper. 110% doit certainement jouer sur l’autre chaîne.

Pour ceux qui sont toujours parmi nous, voici donc un extrait (en version anglaise seulement, je m’en excuse) de Graphic design is immaterial de Matt Soar, publié sur le site de l’AIGA, l’association des designers graphiques américains. Soar qui, soit dit en passant, est professeur au département de communication de l’Université Concordia à Montréal, y analyse brutalement et sans détour l’étrange position du designer, toujours confiné à un rôle d’intermédiaire. Nous y sommes décrits comme le pont entre la production et la consommation, entre les besoins de nos clients et ceux des publics à qui on s’adresse. Bref, il nous fait réaliser que nos sempiternelles crises existentielles de designers graphiques sont peut-être dûes au fait que nous sommes constamment assis entre deux chaises. Y aurait-il un parallèle à faire avec le logo de tqs?

===

Graphic design is immaterial: It’s not this or that but somewhere in the middle
par Matt Soar

Around 50 years ago, during the salad days of the International Design Conference in Aspen, a motorcycle-riding, Marxist academic from Columbia delivered a speech called « The Designer: Man in the Middle »

I don’t want to dwell on the content of the piece so much as to suggest that, whether designers have been paying attention or not, this « middle » ground is a recurrent theme in social and cultural theory. Bourdieu, for example, used the term « cultural intermediaries » to analyze a group of workers—including graphic designers—that « comes into its own in all the occupations involving presentation and representation (sales, marketing, advertising, public relations, fashion, decoration and so forth) and in all the institutions providing symbolic goods and services. »

Designers, then, operate in the spaces between production and consumption; between the spheres of work and leisure; we mediate between the communication needs of our clients on the one hand and the expectations of consuming audiences on the other. (I have argued in the past that this audience is actually secondary: strictly speaking, the first audience for designers is themselves and their peers, whether through casual interactions at work or out of the workplace; through the ongoing assembly of a fresh portfolio; or, through endless awards shows and annuals. More on this in a moment.) This, I think, is a key issue when figuring out how we as designers fit into the bigger picture. Better still, it helps to explain why graphic design goes through periodic convulsions regarding its goals, its purpose, its raison d’etre.

It wasn’t lost on Mills or Bourdieu that being in the middle creates its own peculiar problems, or what Bourdieu elegantly calls an « essential ambiguity. » While being a designer often strikes many people as a fun, cool, hip way to earn a living (something like rock-and-roll but with a relatively steady paycheck, in which one can comfortably design a website for a business one minute and a protest t-shirt the next, apparently without betraying the interests of either party), it is also, in the cold light of day, a process of economic exchange. You design an annual report for corporation X to our complete satisfaction, and we’ll pay you the going rate (more or less). Every now and then visible resistance to this rather harsh reality does surface; the two incarnations of First Things First, 35 years apart, being only the most obvious examples. Alas, they are perhaps the exceptions—glimpses into the wish-life of graphic design—that actually prove the rule.

Pour lire la version complète du texte >>>


24 commentaires sur «Assis entre deux chaises»

  1. 1 Benoît Meunier

    Merci Philippe, et espérons que ce pavé nous fera sortir de la marre.

    Par contre, il me semble que le ton n’est pas celui du juste et du sage. Il faut se sortir de la tête ce logo de tqs. Ce n’est pas nécessairement au cancer du poumon qu’il faut s’attaquer, mais plutôt de confronter les fumeurs aux risques d’une telle habitude.

    Pourtant, je ne retrouve pas, même au sein de la ville mondiale du design qu’est Montréal, un bassin important d’endroits publics et virtuels où l’on débat du rôle du graphisme. J’ai cherche depuis longtemps les blogs ou les forums québécois où je pourrais y retrouver une communauté prête à discuter en substance du domaine.

    Est-ce là un symptôme de notre non-engagement? Ne serait-ce pas plutôt de notre fautes si nous ne sommes pas reconnus comme bon il le semble? Je crois que oui…

  2. 2 Philippe Lamarre

    Effectivement, le ton de Soar n’est pas celui d’un sage mais de quelqu’un qui nous renvoie une image de nous-même que nous n’aimons pas nécessairement voir. Quant à mon lien au logo de TQS, c’était plus une boutade qu’une tentative de faire une analogie entre deux choses qui n’ont rien à voir. Mais à bien y penser, je pense que juste le fait de lire les réactions des gens, la frustration au sein des designers est palpable. Je trouve que Soar met le doigt sur un bobo.

    Comme tu dis, il y a peu d’endroits au Québec ou à Montréal où on peut débattre de design graphique. J’ose espérer que ce blogue puisse remédier à cette situation. On se pose tous des questions à propos de notre rôle, de notre impact sur la société, de ce que nous lèguerons à la postérité. À force de faire des brochures et des sites web périmés au bout d’un an ou deux, on sent que notre intervention est éphémère. Je pense que ce n’est pas pour rien que plein de designers graphiques commencent à initier des projets et à devenir des initiateurs de projets plutôt que d’attendre que le client de rêve se présente.

  3. 3 jon noel

    — "When designers and invested observers pause to reflect on the state of this profession—or "practice," as some would have it—the kind of hand-wringing that ensues has much to do with an abiding sense that: (a) graphic design is important, goddamn it; (b) as hard as "they" try, "they" don’t understand who we are and what we do; and (c) if only our importance was recognized by the wider world—for the right reasons, of course—then everyone would somehow be better off. Alas, this insularity is not so much imposed as self-inflicted."
    -citation du même article (du début)

    Ce malaise et ce besoin de justifier son importance et sa place comme designer, d’après moi (et une partie de cette citation si je l’ai bien comprise), vient du fait de ne pas se sentir apprécié pour son travail, un manque de reconnaissance de nos accomplissement et à la passion que l’on accorde à notre métier. (et ce par les gens en dehors du milieu spécifique; quasi tout le monde).

    Le terme designer graphique est souvent un terme mal interpreté et il semble qu’il faudra vivre avec ça. Le public n’est pas intéresser à s’informer d’avantage à ce sujet à moins qu’il y ait une émmision de télé sur TLC à propos. Il y a la secrétaire qui connait photoshop qui se considère designer et aussi j’ai bien aimé le garçon de 7 ou 8 ans que j’ai vu au bulletin de nouvelle qui décrivait ses dessins comme des désigns.

    Le designer est-il trop sensible? Peut-être, mais que fait-on lorsque le titre de notre job est rendu utilisable pour un projet de scrapbooking par Martha Stewart et nos matantes ?

    J’ai bien aimé l’article !

  4. 4 Marc-André Boivin

    Très intéressant texte, merci Philippe. Et j’aime bien le commentaire de Jon, je crois aussi qu’il y a une part de ça dans cette frustration perceptible chez les designers. En fait, la crainte de certains designers "old school" lors de l’arrivée éclatante de l’ordinateur se concrétise, plus la technologie nous aide, plus elle semble dilluer le sens du terme designer.

    Avec l’augmentation de la présence et de la nécessité du design graphique comme moyen de communication, vint l’augmentation du nombre d’intervenants, la division du travail en sous spécialité et etc,… rendant de plus en plus flou la notion de designer. Sans compter l’utilisation abusive du mot design qui est désormais utilisé à toute les sauces, allant de "beau" à "tendance", en passant par "raffiné".

    Mais comme Benoît le souligne, nous y avons probablement aussi quelque chose à y voir et il devrait être du devoir de chaque designer d’éduquer son entourage et sa clientèle, plutôt que de soutenir le mythe du designer, snobinard et mystérieux, élitiste et inaccessible.

    Une chose que j’ai trouvé amusante à dire à ma famille pour leur faire comprendre notre présence et l’importance de notre métier, c’est de les placer dans un contexte où aucun emballage ne différencie les produits, ou aucune identité visuelle n’existe pour différencier les organismes, compagnies, services publics et cie., où aucune signalisation n’est présente, où toute lecture ne se fait qu’en Times 12 pt. noir sur blanc, sans aucunes différenciations possibles entre les titres, sous-titres, paragraphes, pages, etc…

    Bref, oui je leur présente une image mentale très exagérée et caricaturé ( j’en vois déjà venir me dire que je place le designer pas mal haut, alors du calme avant de me fusiller ), mais elle leur permet de voir à quel point le design graphique fait partie de la vie de tous les jours, tellement qu’on l’oublit.

    Par contre, nous ne sommes pas les seuls à subir ce genre de non reconnaissance du public, comme me le rappelait un collègue programmeur. Dans leur cas, si tout fonctionne bien et sans problème, personne ne pense au programmeur, qu’on ne se gêne pas de pointer du doigt lorsque qu’un bogue survient. Et il en va probablement de même pour de nombreux artisans en télévision et cinéma, où l’acteur rafle la grande part du mérite.

  5. 5 Jean-Guillaume Blais

    Est-il vraiment souhaitable que le designer graphique trouve sa place?
    Une belle place bien confortable où il pourra s’assir sur sa création et vivre de façon routinière. Si je me rappel bien les raisons qui m’ont poussé à faire ce métier, c’est que j’avais horreur des vies préconçue et du destin cliché du citoyen modèle. Je crois que la raison qui me pousse à me lever chaque matin c’est cette incertitude, ce combat que l’on mène pour se surpasser.

    Oui, Le petit artiste carencé en nous désirerai se faire complimenter pour son beau travail car il est sensible le designer et il veut plaire. Mais je crois qu’à travers les époques, ce sont les artistes ou les designers, choisissez le terme qui vous plait, qui ont modelé le visage de la société en étant confronté au frustration qu’elle lui infligeait. Et pour ce faire il faut savoir prendre une distance vis-à-vis celle-ci. Cette «distance» nous la ressentons chaques jours et c’est ce qui nous permet à notre tour de modeler notre environnement en continuant de remettre en question tous ce qui nous entoure.

    Le jour où aveuglément nous vivrons dans ce monde, l’esprit immobile dans le confort de la reconnaisance et de la gloire, l’artiste en nous mourra.

    Jean-Guillaume Blais

  6. 6 Sébastien

     »we, as designers and design writers, have spent too long thinking about our own familiar little world at uncomfortably close quarters, with every exit door seemingly blocked, so much so that we’ve all gotten a bit unhappy. »

    Je crois que ça résume très bien l’attitude adoptée par beaucoup de designers, nous critiquons (et il le faut!), mais nous critiquons entre nous, sans nécessairement essayer d’éduquer les gens extérieurs à notre profession (mis à part la famille…?), que ce soit le client ou tout simplement des gens que nous rencontrons tous les jours. Si j’en crois les propos lus sur ce blog,il y a clairement une volonté de faire comprendre notre profession  »at large ». Pourquoi pas des débats publics ? pourquoi ne pas faire des conférences qui ne s’adressent pas uniquement à notre profession. des débats, il doit y en avoir (et pas seulement entre nous), car c’est la seule façon d’arriver à une évolution et à une compréhension plus grande…qui possiblement évitera des logos tqs et l’emploi du terme design à toute les sauces.

  7. 7 Benoît Meunier

    On sent bien ici, tranquillement mais surement, une volonté assez claire d’aller vers l’extérieur, de mieux expliquer le vocation, de mettre de l’avant les pourquoi et comment. Cela est très inspirant et je crois qu’une association comme la sdgq devrait, au minimum, avoir un plan d’action sur ce genre d’initiative. En as-t-elle une?

  8. 8 Gaby

    Il y a beaucoup de métiers qui à mon avis sont dans l’ombre. Si vous attendez la reconnaissance des gens pour être heureux, vous allez attendre longtemps.

    Quand vous allez au cinéma et que vous regardez un film, est-ce que vous vous dites que la fille aux costumes est vraiment super ou que le gars au son a fait toute une job. Il y a des bons films et des moins bons. Il ya des gens qui font bien leur métier et d’autre qui aurait du en choisir un autre. Certains ont fait de longues études et ils sont pourris, d’autres sont autodidactes et sont très bons.

    Moi je fais tout en mon pouvoir pour satisfaire mon client quitte à utiliser un peu de spychologie pour lui laisser croire que c’est lui qui a eu de si bonnes idées. Certains peuvent se permettre de refuser des contrats d’autres pas et je ne les juge pas.

    Il y aura toujours des gens pour croire qu’ils peuvent s’improviser designer, électricien, paysagiste, etc… Certains vont le faire plutôt bien d’autre non. (Qui n’a pas installé une autre prise de courant chez lui en se disant je suis capable, je vais pas payer pour ça???)

    Cela dit rien n’empeche que l’on peut sensibiliser les gens à l’importance d’avoir recours à un graphiste quand cela est nécessaire mais il y aura toujours quelqu’un pour croire qu’il peut le faire lui-même.

  9. 9 Philippe Lamarre

    Gaby,

    je pense que tu confonds la reconnaissance et le sentiment de contribuer à la société. Le point que soulève Soar n’est pas relié à notre reconnaissance en tant que profession, mais plutôt à la position d’entremetteur du designer. La reconnaissance est un tout autre débat qui a été abordé à maintes reprises dans ce blogue. Soar a plutôt le mérite d’avoir identifié une des causes obscures qui font en sorte que beaucoup de designers deviennent frustrés avec le temps. Connaissez-vous beaucoup de designers graphiques de plus de 40 ans?

  10. 10 Savitri Bastiani

    Personnellement, je suis d’accord avec Gaby sur le fait que beaucoup de gens s’improvise graphiste, alors qu’il serait préférable d’en engager un! Mais effectivement, la réalité fait que notre emploi nous met vraiment dans la position d’entremetteur et qu’il est difficile de s’y démarquer comme créatif et comme parti intégrante de l’avancement d’une société! Je travaille seulement depuis 10 mois dans le milieu et j’en suis déjà exaspéré de mon travail d’entremetteuse! ahah! Mais bon….je garde en tête mes buts et rêves de percer plus loin et d’essayer de contribuer a une société grandissante!On verra bien si je serai encore designer graphique dépassé 40 ans :)Imaginé ce que serait la société sans design….t’en qu’a moi absolument rien!

  11. 11 Philippe Lamoureux

    Je suis en train de lire le livre Bonjour Paresse de Corine Maier, l’art et la nécessité d’en faire le moins possible en entreprise. Bien qu’une bonne majorité d’entre nous sont à leur compte il y a tout de même quelque chose d’intéressant dans ce livre. voici un extrait…«Dans le grand jeu de l’entreprise, c’est surtout elle qui joue. Vous, vous n’êtes qu’un pion et l’emploi qu’elle vous accorde est un cadeau qu’elle vous fait. On dit merci au monsieur et à la damme, on se montre poli et obéissant, on n’élève pas la voix pour ne pas déranger, et on attend paisiblement la paie à la fin du mois. Vous pensiez «faire vos preuves» impressionner avec votre «formation» vous rendre «indispensable» auprès de votre employeur? Vous vous êtes trompé de porte, vous êtes là pour vendre et faire vendre. Et pas pour «ouvrir votre grande geule»…. »

    Voilà aussi à quoi on se confronte. C’est Designer contre Goliath, sauf que les caillous se font très rare. On fabrique ces images pour, en réalité, des pacotilles car ils empochent le pactole et utilisent le talent et les compétences pour une fraction du prix. C’est parcequ’on est remplaçable à leurs yeux qu’on a pas le pouvoir de faire avancé notre profession tel qu’elle devrai évoluer. On se bute à un mur qui n’a qu’un seul objectif…devenir aussi grosse que l’univer et tout contrôlé. Bref cette structure se nourri et se joue de nous. Car si on veut être indépendant et faire à notre tête, dites vous que ça ne marchera pas sauf si il y a une entreprise qui trouve un intérêt quelconque dans votre travail… et vous voilà pris au piège. C’est comme la vieille série Britanique Prisonnier, le type tente par tout le moyens de s’évadé et d’être un homme libre, mais se fait toujours rammené à cette ville fantoche.

  12. 12 Truc muche

    En fait je connais plein de designers de plus de 40 ans. Ils sont généralement à la direction des agences et des boîtes de designs. Il y en a plusieurs aussi qui font de la pige et qui font du corpo.

    Ils gagnent généralement bien leurs vies, loin du flafla et du flashage à la Grafika… Ils font leur boulot sans vouloir donner de spectacle. De toute façon, ils sont rejettés du circuit des agences car ils sont déclarés trop vieux et pas assez tendance… La vérité, c’est que les agences sont généralement chiches et remplacent les employés lorsqu’ils deviennent trop chers… Ce qui explique en partie le roulement incroyable de personnel en agence et en studio.

    À un moment donné, combien peut-on payer un designer senior, se disent-ils. Oui, les méga-star seront rétribués à la pelle d’or mais les autres qui ne peuvent qu’«être bons»? Un jeune prendra sa place jusqu’à ce qu’ils deviennent trop coûteux…

  13. 13 Mario Deschambault

    Pour apporter un peu d’eau au moulin de ceux qui soutiennent que les graphistes ne sont pas reconnu à leur juste valeur (et j’en suis), je viens de tomber sur l’annonce d’une entreprise à la recherche d’un(e) téléphoniste/graphiste. J’ai fixé mon écran avec la bouche grande ouverte pendant 15 minutes avant de me dire qu’on fait vraiment un travail sous-estimé par un bon paquet de gens…

    Si vous voulez déprimé avec moi, search1.workopolis.com/jo…

  14. 14 Sébastien Théraulaz

    Salut les copains,
    Je trouve d’abord que c’est un sujet très intéressant et qui devrait être abordé plus souvent. Il implique aussi beaucoup d’autres sujets (reconnaissance, exploitation, art versus design, etc..) Et tout ça et aussi très très très pertinent. Mais pour répondre à deux ou trois questions ci-dessus, je pesne tout d’abord que le fait de critiquer n’est pas dû à une frustration, mais plutôt à une envie. En effet, comme en tant que graphiste, on doit sans cesse entendre les critiques/bobos/envies de nos clients, on développe un esprit critique envers tout ce qui est de près ou de loin lié à notre profession – et quand on voit un truc pourri, on le dit!
    Mais je bloque plus sur cette idée de «middle-man», je trouve que ça fait très «agence» de percevoir le graphiste ainsi…comme si sans client et sans public, le graphiste n’existe pas. Ne serions nous que les esclaves de quelqu’un qui veut communiquer quelquechose à quelqu’un d’autre et qui nous utilise pour le faire ?? Si c’est ça, je suis très très triste et je crois que je vais partir fumer un gros pétard pour oublier toutes ces conneries.

    Certes, ça fait partie du jeu, il y a les clients, les agences, les gars du marketing, le chargé de projet bidon, l’imprimeur incompétement, le gras qui veut du vert (mais pas trop foncé), la coordonnatrice qui se prends la tête etc….il y des dizaines de clowns qui traînent sur notre terrain de jeu et ça c’est très frustrant au bout d’un moment. Mais d’ici à dire que nous ne sommes que cet intermédiaire coincé entre deux rigolos. Non jamais!!
    Je pense que la dégradation de la perception de ce que l’on fait est dûe à plusieurs facteurs :

    1 – la publicité fait croire que le graphiste n’est rien sans elle (tandis que c’est pas mal l’inverse…selon les types de médias)

    2 – la durée de vie des produits (vive notre société!) est de plus en plus limitée…on imprime – on jette et on réimprime.Le temps d’observation est plus court, donc on oublie et on recycle tout ça très vite. Personne ne s’en souvient, c’est passé à la trappe

    3 – On nous dit que ça vaut rien, que n’importe qui peut le faire avec un ordinateur d’occasion, que c’est facile…et que finalement tout le monde peut le faire…

    4 – On a personne qui met la pression pour faire valoir nos droits, connaître notre profession et sensibiliser le public à notre rôle.

    Je vous encourage quand même à créer des choses pour la beauté du geste, sans être un ou une middle-(wo)man, car les connaissances et les outils que vous avez en main sont parmi les plus puissants actuellement.

    Tout le monde veut une image, même une mauvaise (c’est ça qui me frustre!)

  15. 15 Philippe Lamarre

    Seb, tu nies une réalité. Matt Soar évoque la dichotomie constante dans laquelle nous sommes plongés, à savoir pour qui nous concevons des outils de communication et à qui on s’adresse. À part lorsque nous travaillons sur nos propres projets, nous avons toujours un client à qui nous devons rendre des comptes. C’est la définition même d’un designer. Et nous avons toujours un public à qui on s’adresse, que ce soit la crowd des gens qui vont au théâtre, le Collège des médecins ou des ados insécures. Bref, l’idée n’est pas de dire «c’est un constat triste, je démissionne» mais plutôt de réfléchir à comment on peut décider de se prendre en main et de s’élever au-dessus de la mêlée pour prendre position et ne plus simplement transmettre le message.

    Il faut qu’un client qui mandate un designer graphique ne l’engage pas seulement pour exécuter une image et gèrer le contenu (lire : recevoir des fichiers Word), mais pour en être l’initiateur. En tant que profession, on n’a pas encore convaincu les clients qu’on en est capables. Nous sommes sur la bonne voie, mais il y a un sacré bout de chemin à faire.

  16. 16 Truc muche

    Je ne crois pas que tous les designers soient prêts à être des initiateurs de contenu.

    Je ne crois pas non plus que tous les clients nous demandent d’exécuter un mandat à la lettre (place ça là, met moi une photo de chien ici, etc.). Moi j’aime bien la variété.

    C’est clair que quand tu travailles avec une PME et que c’est le président directeur général fondateur qui call les shots, ça a tendance d’être un exercice de style imposé à connotation narrative.

    J’ai remarqué que le meilleur travail se fait quand il y a un vrai département marketing et qu’il est dirigé par une femme. En général, elles veulent un opinion éclairé et ne tentent pas d’imposer leurs opinions une fois qu’elles ont vus de quoi ont est capable (environ le troisième projet). Elles souffrent rarement de l’égo-gonflé TM. Mais cette observation est personnelle. J’ai des collègues qui sont incapables de travailler avec une femme. Va savoir…

    Pour qu’un client te fasse confiance il faut le rassurer et lui montrer qu’on connais notre boulot. Je connais des tonnes de boîtes arrogantes qui capotent aussitôt que le client exprime un opinion. Ça n’aide pas à nous faire reconnaître comme une profession sérieuse.

  17. 17 Seb.t.

    Philippe,
    Je crois contrairement à toi que nous ne sommes pas toujours dans une position de rendre des comptes. Comme un réalisateur ou un photographe qui peut (dans la majeure partie des cas) faire un travail commercial, il aura aussi la possibilité de s’exprimer personnellement sur quelquechose.
    Et pour revenir à cette idée de middle-man, je crois que la frustration est la conséquence du manque d’expression personnelle. Car on a fait des designers des outils qui produisent les solutions aux problèmes des autres (vrai ou faux?), mais le designer peut aussi répondre à ses propres problèmes et c’est souvent ça qui amène un plus au monde du design. Je pense donc que le designer peut créer par plaisir et pour satisfaire des envies «artistiques». À cet égard, il est intéressant de voir certains graphistes européens qui créent d’abord quelquechose et qui vont chercher à qui le vendre ensuite. Ce ne sont sûrement pas des middle-man, non ?

  18. 18 Truc muche

    Je ne crois pas que tous les designers soient prêts à être des initiateurs de contenu.

    Je ne crois pas non plus que tous les clients nous demandent d’exécuter un mandat à la lettre (place ça là, met moi une photo de chien ici, etc.). Moi j’aime bien la variété.

    C’est clair que quand tu travailles avec une PME et que c’est le président directeur général fondateur qui call les shots, ça a tendance d’être un exercice de style imposé à connotation narrative.

    J’ai remarqué que le meilleur travail se fait quand il y a un vrai département marketing et qu’il est dirigé par une femme. En général, elles veulent un opinion éclairé et ne tentent pas d’imposer leurs opinions une fois qu’elles ont vus de quoi ont est capable (environ le troisième projet). Elles souffrent rarement de l’égo-gonflé TM. Mais cette observation est personnelle. J’ai des collègues qui sont incapables de travailler avec une femme. Va savoir…

    Pour qu’un client te fasse confiance il faut le rassurer et lui montrer qu’on connais notre boulot. Je connais des tonnes de boîtes arrogantes qui capotent aussitôt que le client exprime un opinion. Ça n’aide pas à nous faire reconnaître comme une profession sérieuse.

  19. 19 Martin Houle, m.arch.

    Comme Philippe l’a mentionné plus tôt, ce n’est pas la première fois que la question de la reconnaissance par le public de la profession de designer graphique refait surface et vous excuserez mon commentaire, mais il faudrait arrêter de procrastiner et commencer à agir!

    L’initiative de Oeil pour oeil est pour moi un excellent outil pour rassembler la communauté du design graphique, ou du moins, pour y créer un noyau de discussion, un médium à travers lequel exprimé ses frustrations mais il devrait également en être un de création et d’initiative. Peut-être qu’un forum de design graphique pourrait être une solution (c’est un moyen de communication beaucoup plus libre qu’un blogue). En lisant les témoignages (et pas seulement pour cet article), j’y retrouve beaucoup plus de témoignages que de solutions.

    Comme je l’ai déjà écrit auparavant sur Oeil pour Oeil, en architecture, nous passons à travers une crise identitaire similaire mais des solutions concrètes ont commencé à se matérialiser. Tout cela à commencer par une initiative de l’Ordre des Architectes du Québec de faire une tournée provinciale afin de sonder le poul de ses membres et les conclusions ont été flagrantes: il y a clairement un problème de perception d’image entre les architectes eux-mêmes. Alors, si le problème d’image existe entre nous, imaginez ce que cela peut-être auprès du public.

    Une question particulièrement intéressante a été posée aux architectes et aux clients durant la tournée provinciale: "Selon-vous, quelle est la contribution la plus importante qu’un architecte apporte à son client" suivi de "Selon-vous, quelle est la contribution la moins importante d’un architecte auprès de son client". Les réponses de la part des architectes vs celles des clients ont été un "wake-up call".

    Réponses des architectes: La contribution la plus importante est celle de fournir une vision d’ensemble à son client, lui démontrer qu’un projet d’architecture peut également être un projet de société, le sensibiliser au projet architectural. La contribution la moins importante du point de vue des architectes est l’aspect relationnel, ce qui veut dire, prendre le temps d’expliquer à son client les enjeux du projet, de le mettre en relation avec les différents intervenants et lui faire comprendre leur rôle et intentions.

    Pour le client, la réponse est exactement L’INVERSE: celui-ci se fout pas mal de l’aspect "vision" et se préoccuppe beaucoup plus de l’aspect relationnel (à noter que cette question n’avait aucun choix de réponse, ce qui rend la chose encore plus étonnante).

    Conclusion? En partant, s’il y a des attentes différentes entre le designer et son client quant au rôle de celui-ci, cela peut mener et à des frustrations de part et d’autre. Comment tenter de régler la chose?

    Une des premières solutions de l’OAQ a été de faire une grande campagne de visite auprès des donneurs d’ouvrage principaux de mandats d’architecture (gouvernements et municipalités entre autre) afin de leur expliquer les différents rôles que peut assumer un architecte tout en recueillant leurs commentaires sur notre profession.

    Pour la question de la reconnaissance publique, l’OAQ a commencer à introduire deux nouveaux prix lors du Gala annuel des Prix de l’OAQ soit le Choix du Public (qui comprend entre autre des visites guidées des projets lauréats) et le Choix des enfants (http://www.pea-oaq.com/). Alors les choses commencent à bouger de notre côté mais il y a encore BEAUCOUP de chemin à faire!

    Cette recherche de reconnaissance à peut-être aussi une origine plus insinueuse: l’école même. Je ne sais pas s’il y a des programmes COOP dans le programme de design graphique mais je sais qu’en architecture, cela manque beaucoup: ce qui arrive souvent alors, c’est qu’un étudiant qui sort de l’école se trouve désabusé lorsqu’il rentre sur le marché du travail. Pourquoi? Dans AUCUN de mes projets d’architecture à l’école m’a-t-on demandé une estimation de coûts de celui-ci, ce qui est une des réalités les plus restrictives au niveau de la création (*). Les immenses façades toutes en verre, c’est bien beau sur une maquette de carton et conceptuellement, ça paraît bien, mais la réalité est toute autre…Alors peut-être qu’une source de cette soif de reconnaissance et d’accumulation de frustration provient en parti d’un constat de notre part sur les "limitations créatives" qu’impose la réalité professionnelle. La particularité de notre domaine contrairement à celui de l’artiste est que nous devons avoir un client AVANT de créer (à moins d’être promoteur) ce qui change complètement la dynamique relationnelle designer/client vs artiste/client. Pas de client, pas de projet, pas de job. Pour nous, un client idéal est celui qui approuve tout ce qu’on lui propose, sans jamais émettre un commentaire négatif et qui possède un budget intéressant tandis que pour l’artiste, le seul client qui lui importe, c’est lui-même! Il n’y a pas de questions d’argent ou d’échéancier dans son cas. De là origine les frustrations envers le client, sa difficulté à comprendre nos intentions, son incapacité de nous reconnaître à notre juste valeur, etc. Et si c’était à nous de mieux comprendre, en premier, notre rôle en tant que designer?

    (*)Ironiquement, tout le monde sait également que c’est souvent sous de grandes restrictions que nous parviennent les solutions les plus innovatives…

  20. 20 Antoine Nonnom

    Moi pis les intellectuailleries…

  21. 21 Truc muche

    Je crois que les écoles (et surtout l’UQAM au Québec) fabriquent un certain lot de petites frappes, des divas qui nuisent à la réputation de notre domaine. Il y a de sérieuses lacunes au niveau de la formation dans le contact avec le client et dans le réalisme des projets. Combien de fois j’ai récupéré des mandats d’autres boîtes parceque les clients avaient l’impression de se faire regarder de haut, de se faire passer des petites vites dans un jargon incompréhensible. Essaye de donner confiance à un client après ça ou de l’éduquer un peu. Il y en a qui se font brûler par des boîtes teigneuses de designers frustrés dirigés par des des gens que j’ai cotoyés à l’UQAM… Si tu veux pas faire de jobs avec des contraintes imposées, pars toi un webzine, ou un projet, n’importe quoi. Mais si tu fais du design, et que tu veux manger, c’est juste de la bizeness.

    Mais c’est très difficile de critiquer l’UQAM ou M. Metz ici.

    90% du travail type d’un designer d’ici est sur commande. Ça commence par un client qui veut faire affaire avec toi. Et qui, comme le témoignait Martin Houle, achète une relation avec toi. Faut arrêter de penser qu’on est dans une bizeness ultra-différente avec des codes et des paramètres uniques… La bizeness ça passe par la poignée de main, par la relation entre deux entitées. Contrat, exécution, satisfaction, facture, paiement. Comme un platrier, comme un éleveur de bovins, comme un courtier d’assurance, comme un architecte.

    L’étude chez les architectes ne m’étonne pas: toutes les études portant sur les motivations du choix d’un fournisseur (ou de la rétention d’un compte) concluent que c’est la qualité de la relation qui est le critère le plus important. Posez-vous la question: comment choisissez-vous vos fournisseurs? Moi je cherche un gars ou une fille qui m’inspirera confiance. Je m’attends à ce qu’il ne me salopera pas la job, qu’il la remettra dans les délais et qu’il pourra m’avertir si quelque chose cloche. Et tant mieux s’il est moins cher. Mais même s’il est cheapo, si je dois faire refaire chaques travaux parcequ’il néglige mes instructions, il va prendre le bord assez rapidement. S’il débarque dans mon bureau et qu’il me traite comme un imbécile ça ne tiendra pas non plus. Re-la-tion.

    Ta job de designer c’est d’empêcher ton client de se nuire, de l’éduquer, de remettre des travaux irréprochable tout en faisant assez d’argent pour t’acheter autre chose que du spaghetti… Tant mieux si tu gagnes des prix. Tant mieux si le client te donne carte blanche. Ça veut juste dire que le client te fait confiance. C’est TOI qu’il achète.

  22. 22 jules Jaune

    Intermédiaires ? Je veux bien. Mais il n’y a pas là de quoi nous éclairer beaucoup. La société est une toile d’individus : nous sommes tous intermédiaires entre intermédiaires.

    L’un des principaux problèmes des designers-graphistes, à mon sens, est de nous méconnaître ou à tout le moins, de ne pas maîtriser un discours nous permettant de cerner la nature de notre travail, de nous situer dans l’espace social auquel nous contribuons.

    Difficile, pour les autres, d’apprécier notre profession si nous échouons nous-mêmes à en faire autant. Faut-il s’étonner que ces autres, face au flou que nous persistons à nous affliger, cumulent des impressions imprécises ?

  23. 23 jules Jaune

    Quelques mots de plus :

    Mécontents de nos affinités avec les artistes, voire de notre filiation véritable, nous revendiquons fréquemment entre eux et nous une fondamentale distinction. La réflexion de Martin Houle ci-haut publiée en est un bon exemple.

    Les artistes, pourtant, composent eux aussi avec des contraintes : de moyens, de formes, d’espaces. Ils ont des diffuseurs, des mandataires : galeries, musées, médias, quand ce ne sont pas des clients comme tels. Ils n’échappent pas non plus à la nécessité de se situer, eux aussi. Ils sont appelés, peut-être plus que quiconque, à articuler l’apport de leur production à la société. C’est donc dire que cette distinction, entre nous et eux, pour l’essentiel, est construite. Peut-être sert-elle nos intérêts ?

    De fait, nous nous affranchissons tant bien que mal de la dévalorisation générale dont le discours dominant aujourd’hui accable les arts. Ce qu’il nous en coûtent, par contre, contribue à notre condition inconfortable actuelle.

    Ainsi limités, pour l’essentiel, au champ du discours instrumental, nous devons nous contenter d’une conception pauvre de nous-mêmes. Pour une part, nous sommes bien sûr techniciens. C’est-à-dire que nous usons de techniques, comme la totalité de nos contemporains, pour peu ou presque qu’ils exercent une profession, d’ailleurs.

    Mais nous sommes plus que cela. Nous maîtrisons ou sommes supposé maîtriser les cannons de l’esthétique graphique. Mais n’est-ce pas cela, un artiste ? Nous serions donc artistes et techniciens, techniciens des arts ou bien artistes dans un monde technicien. Mais peu importe le vocable.

    Le fait est que notre arrimage empressé au discours instrumental dominant, pleins d’aspirations de légitimité que nous sommes, participe à la négation de notre réalité. Le designer-graphiste est l’auteur d’un travail essentiellement subjectif. Conséquemment, une définition objective sera toujours réductrice, parce qu’elle ne permet pas d’expliquer l’essentiel de notre travail.

    Le discours occupe une place centrale dans les arts. Ce n’est pas fortuit. L’art doit pouvoir se situer. Pourquoi, en quoi est-ce qu’une production est une contribution aux arts ?

    Tout un champ discursif esthétique sert à orienter l’appréciation subjective. Pourtant, lorsque nous abordons la nature de notre production, nous en faisons peu ou pas usage. Approximative, la seule appréhension que permet le discours objectif des gestionnaires, mandataires et divers gens de commerce ne peut faire justice aux créateurs.

    Assis entre deux chaises ? Je dirais plus que nous sommes chargés d’accorder deux discours. Le premier fait appel à nous pour quelques finalités profitables, l’autre nous est nécessaire pour articuler légitimement notre travail.

    Du moins, c’est ainsi que je le conçois.

  24. 24 Jean-Olivier Noreau

    Et c’est une conception très juste M. Jaune.

Commenter cet article


Vous devriez vous connecter ou créer un compte pour laisser un commentaire.





Commentaires récents

Catégories d’articles