Le Manifeste à fait couler beaucoup d’encre. Je vous propose ici un article, compléter que tout récemment — et qui ne se retrouve pas dans le livre –, qui remet en lumière cet écrit polémique mais qui questionne la justesse de sa vision et la pertinence de sa démarche, en rapport avec la notion de développement durable. Encore dernièrement, je tombai sur un site se revendiquant de faire de la « photographie écologique », du « design graphique social et culturel » et du « marketing vert »… Je pense que ces expressions sont des sophismes, qu’elles sont issues de raisonnements fallacieux au sujet du développement durable et de ce que cette notion sous-entend.

L’article que je vous propose est long. Et à ce titre, je crois pertinent ici d’en insérer seulement le résumé et l’introduction; le reste de l’article étant disponible ici sous forme d’un fichier PDF.

Les limites de la croissance et le discours du Manifeste des premiers mobiles

Jean-Olivier Noreau
Étudiant
Faculté de l’aménagement
Université de Montréal, Québec
DÉCEMBRE 2006

Résumé
Nous analysons dans cet article l’argumentaire du Manifeste des premiers mobiles, dans lequel ses signataires critiquent le système publicitaire. Nous évaluons la pertinence des revendications du Manifeste en introduisant le lecteur à la notion de développement durable et à ce que cette notion suppose quant à l’idéologie capitaliste. Nous concluons d’une part que, malgré ses manques, le discours du Manifeste démontre une cohérence avec certains éléments de la problématique de développement durable, mais que, d’autre part, le design graphique (ou la communication visuelle) peut être considéré comme une pratique dont la portée d’intervention est limitée en matière d’environnement.

Introduction
Suivant de près l’inauguration de la Journée de la Terre, le American Institute of Graphic Arts (AIGA) organisait, en 1989, la conférence Dangerous Ideas (McDonald, 2001) pour savoir comment le milieu des communications graphiques pouvait contribuer à la cause environnementale. À cette époque, tout comme de nos jours, l’enjeu identifié par la plupart des intervenants est toujours d’ordre technique : choisir des papiers recyclés, favoriser l’utilisation d’encres végétales et sélectionner des imprimeurs ayant obtenu la certification ISO-14001. D’autres efforts d’efficience quant à l’utilisation des ressources sont en cours. Donnons l’exemple de l’Institut des communications graphiques du Québec (ICGQ), dont les ingénieurs en procédés d’impression effectuent des recherches afin de concevoir des trames d’impression utilisant moins d’encre. Nous pourrions aussi inclure dans l’aspect technique la mise en page des documents. De manière générale, les graphistes professionnels travaillant dans les agences et chez les éditeurs produisent des documents dont la densité d’information par page est élevée, compte tenu, notamment, du coût du papier. Les agences de communication-marketing produisent des documents peu « gourmands » à l’unité en terme de consommation de papier et les tirages cumulés pour cette tranche de l’industrie est peu significative, comparativement à la consommation de papier pour les ménages, les magazines, les périodiques et les quotidiens réunis (Hancox, 2001 ; M.P.P., 2002 ; Recyc-Québec, 2003). Mais il est inutile, dans cette première étape, de ségréguer la consommation de papier de la sorte par secteurs de l’industrie, pour des raisons que nous explorerons dans cet article. Ceci dit, il est possible d’observer de plus faibles densités d’information par page et un gaspillage éhonté du papier au niveau des communications internes des entreprises et des organismes gouvernementaux. Pensez, par exemple, aux mises en pages déployées pour les documents de notre système judiciaire. La démocratisation des technologies d’impression et l’avènement de l’éditique de bureau ont décentralisé la production des documents imprimés, mais l’enseignement d’une « frugalité » graphismique et typographique, pour parler ainsi, n’a pas suivi dans certains milieux. En marge de ce phénomène, la consommation de papier a augmentée de manière exponentielle depuis l’arrivée du format de fichier PDF et des imprimantes à jets d’encre (Peters, 2003). « Le bureau sans papier », disaient-ils… Ce dernier exemple laisse déjà entrevoir les limitations d’une approche strictement technologique en matière d’environnement. Nous y reviendrons plus loin.

Fort heureusement, la question environnementale fut analysée sous l’angle culturel. Dans le milieu de la communication visuelle, l’exemple le plus marquant des dernières années est sans contredit le Manifeste des premiers mobiles (First Things First Manifesto) – un écrit polémique publié sous l’impulsion de l’équipe éditoriale du magazine Adbusters, du AIGA Journal of Graphic Design, Blueprint, Emigre, Eye, Form et la revue Items :

Nous, signataires de ce manifeste, [...] avons grandi dans un monde où les techniques et le système de la publicité nous ont constamment été présentés comme la façon la plus lucrative, la plus efficace et la plus désirable d’user de nos talents, [...] à vendre des biscuits pour chiens, [...] du détergent, du fixatif, des cigarettes [...] et des véhicules utilitaires sport. Le travail commercial a toujours permis de payer nos factures, mais plusieurs [...] l’ont laissé devenir, en majeure partie, la chose que font les graphistes. [...] Le temps et l’énergie des membres de la profession sont gaspillés pour créer une demande pour des choses qui sont, au mieux, inutiles. Les designers qui consacrent le plus clair de leur temps à la publicité, au marketing et au développement de marques de commerce, soutiennent – et encouragent implicitement – la création d’un environnement mental tellement saturé par les messages commerciaux [contribuant ainsi] à l’élaboration d’un discours social réducteur et infiniment dommageable. D’autres projets de graphisme d’information ont un besoin pressant de notre expertise et de notre apport. (Barnbrook et al., 2001).


Les commentaires en réaction à ce manifeste furent nombreux. Nous ne reviendrons pas sur ces commentaires. La question qui nous intéressera est la suivante : les renvendications du manifeste ont-elles lieu d’être, par rapport à une problématique complexe de développement durable ?
Lire la suite de ce texte…

Le texte intégral, en français, du Manifeste des premiers mobiles est disponible dans le livre Design graphique: Essais, entretiens, réflexions, ouvrage disponible auprès des libraires suivants:

Boutique Infopresse

Centre Design UQAM
1440 rue Sanguinet, coin Ste-Catherine
Montréal (Qc) H2X 3X9

Librairie du CCA
1920 rue Baile
Montréal (Qc) H3H 2S6
Tel. 514-939-7028
www.cca.qc.ca/librairie

Zone Université Laval
Édifice La Fabrique
275 boul. Charest Est
Québec
Tel. 1 418-656-2600 poste 6956


14 commentaires sur «Le Manifeste des premiers mobiles (First Things First Manifesto) dans «Design graphique: Essais, entretiens, réflexions»»

  1. 1 Olivier Bouchard Lamontagne

    Voici le manifeste de LaBrique, paru en janvier 2005 dans LaBrique éducation :

    – Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.
    - Lavoisier

    Manifeste du graphisme vert

    Chère Gaïa, Mère nature,
    Esprit de la Terre et Biosphère,
    Voici l’engagement d’aujourd’hui qui fera
    de notre profession de communication
    une action engagée de respect avec
    les générations présentes et les générations futures
    notre nature mature et ta nature torturée.

    Un graphisme vert-ritable passe
    par l’in-terre-grité conceptuelle
    et par l’expression flore-melle
    avec des matérieaux écol-eau
    et le tout doit être au ser-vie-ce du fleur de lys
    et du développement d’érables.

    Pour bien m’enraciner, nous nous engageons à s’implanter
    de la vérité des contrats que nous ferons fleurir
    en message éclairé qui aidera l’humanité,
    notre jardin intime et le microcosmos
    en osmose avec cosmos…

    Nous nous engageons à s’éduquer des caractéristiques
    physiques et éthiques des matériaux plastiques.

    Possibilité de réutiliser,
    provenance dévoilée,
    procédé de fabrication
    sans répercussions.
    Employés qui se syndiquent
    dans une société démocratique.
    Cycle de vie vérifié,
    qui peut se recycler
    et qui est biodégradable
    pour une Terre respectable.

    1000 ans pour le plastique dans la fosse sceptique,
    4000 ans pour le polystyrène qui est reine et qui traine.

    Nous sommes responsables de nos choix, de notre liberté,
    nous nous engageons à aider notre profession
    et les gens impliqués.
    Nous devons nous recycler et nous éduquer
    à récupérer nos actions passées qui furent ignorées.

    Papier de fibres recyclées et matériaux biologiques,
    champs de chanvres au lieu des forêts publiques,
    impressions recto verso qui évitent le gaspillothon,
    recyclage des cartouches d’encre ou encre de soya,
    achat local et vue globale comme Patagonia (c),
    pour qu’ainsi nous évitons d’être gobé par le métier
    qui sert à enrichir les riches et les banquiers.

    Que Vladimir Tatlin et son constructivisme
    de trucs réutilisés,
    et que Schwitters du Bauhaus
    par l’art du recyclage des déchets jetées
    inspirent notre faiblesse capitaliste monopolistique
    pour un écologisme progressiste.
    Futurisme, modernisme, post-modernisme,
    finit le baratinage des "ismes" et qu’on aboutisse,
    voici le graphisme vert muldisciplinaire.

    Nous ferons la colombe et le Colombo des matériaux.
    Nous formulerons la pratique éclairée
    d’un graphisme engagé.
    Nous nous éduquerons par l’éduc-action
    et nous vous présenterons les graphistes engagés
    à cet Évangile en papier recyclé.

    Ensemble, nous proposerons une vision, qui après réflexion,
    donnera Espoir et reverdira la tour d’ivoire.

    Olivert Lamontagne Bouchard
    membre de LaBrique
    association des étudiants en design graphique de l’Université Laval

  2. 2 Antoine Nonnom

    Olivier, c’est une belle initiative, mais c’est un brin ennuyant, non ? La rimette et tout le tralala ?

  3. 3 Florence Dallaz

    C’est même long, mais j’ai l’impression que ce type de masturbation est inhérente aux designers from Qc. À Bruxelles, c’est un peu différent. Nos influences font que nous sommes plus pragmatiques et moins puérils dans l’exercice de ce métier.

  4. 4 Philippe Lamarre

    Commentaire un peu gratuit Florence, je pense que ce billet — un peu pointu dans son ton j’en conviens — est un cas isolé. Tout discours a sa place sur un blogue comme celui-ci, et je ne crois que de simplement cracher dans la soupe apporte quoi que ce soit au très important sujet amené par Jean-Olivier Noreau, soit la prise de conscience par les designers qui croient que les choses peuvent changer pour le mieux.
    Cela dit, je suis d’accord que les innombrables jeux de mots du manifeste d’Olivier Bouchard-Lamontagne sont un peu rebutants et le ton est un peu trop new age à mon goût, mais son point de vue demeure porteur d’espoir. Cependant, Olivier, j’aimerais lire la version 2.0 de cette profession de foi quand tu auras quelques années d’expérience derrière la cravate!

  5. 5 Bruno Cloutier

    Il y avait un manifeste officiel pour LaBrique? Jamais entendu parler.

  6. 6 Olivier Bouchard Lamontagne

    Bon, oui, il y avait un manifeste dans la première brique. Il était en supplément. Ines Cheniour, la responsable de LaBrique imprimée de l’épôque, l’a publié pis il n’était pas co-signé. Ines le présente dans l’éditorial. Peut-être que oui, une nouvelle version viendra avec vos amendements… :) , et oui, j’endosse tout vos commentaires. Je vais avoir de plus en plus d’expérience, c’est vrai, pis bon, les rimettes new age, ça me fait sourire un peu au moins.

    Je suis quand même content d’avoir participé à Chaumont, pis qu’avant que le Québec m’encourage, eux m’ont reconnu et m’ont donné une bonne tite tape dans le dos. J’ai eu une mention spéciale pour mon affiche. Comme de quoi qu’on n’est pas prophète en son pays. Je vais tenter de trouver des solutions plutôt que d’écraser celui ou celle qui essait de sortir sa tête de dans le sable.

    Bonne année 2007.

    Pis je souhaite la Révolution verte!

  7. 7 Jean

    Moi qui croyais être la seule personne qui avait eu quelques misere à lire ce manifeste du à la façon d’écrire de l’auteur… J’en ai presque eu honte de ne rien poster car je savais pas trop quoi dire apres m’être tanné suite à quelques paragraphes… C’est bien de vouloir allumer une étincelle chez les gens mais ce n’est pas avec ce type d’écriture que l’on rejoint tout le monde… Peut-être facile sur papier mais sur un écran d’ordinateur c’est une autre chose de lire cela…

  8. 8 Martin L'Allier

    Les considérations environnementales ne devraient-elles pas être des composantes normales des projets en design? Tout comme le fonctionnalisme, l’esthétisme, la force d’impact, la pertinence, la surprise, … est-il essentiel d’élever un culte romantique à la récupération?

    Entendons-nous, je suis totalement en faveur de choix ayant un impact environnemental aussi peu négatif pour l’environnement que possible. Je trouve que certains, par contre, élèvent cet aspect – aussi important fut-il — au niveau d’une considération quasi-fétiche…

  9. 9 Jean

    L’environnement est important je dirais. Compte tenu de ce que les designers défendent en therme de conviction dans la plupart de leur travaux, il va de sois que la methodologie utilisée pour arriver à ses fin devrait suivre une telle direction pour en arriver à une entité créatrice complète.

  10. 10 Jean-Olivier Noreau

    N’avez-vous donc rien compris à mon texte?

  11. 11 Jean

    Premièrement je regrette mes 2 derniers commentaires sur cette analyse et j’en suis sincèrement navré. Deux commentaires inutiles qui viennent d’une paresse intellectuelle de ma part. J’ai donc pris mon temps pour le lire et j’y ai pris mon pied car c’est un excellent texte. Le paradoxe de la consommation est très bien énoncé. Comme celui-ci que j’ai bien aimée: "Si par un quelquonque moyen technologique nous réduisions de moitié les rejets de l’automobile, mais que la grosseur du parc automobile doublait, ou encore que la consommation en essence augmentait du fait que les automobilistes décideraient soudain de se déplacer d’avantage, quel progrès aurions-nous réalisé ?".

    Je ne serais on ne plus en accord avec les faits énoncés. Certains m’ont fait plus réagir que d’autre comme celui-ci: “En marge de ce phénomène, la consommation de papier a augmentée de manière exponentielle depuis l’arrivée du format de fichier PDF”. Le but du format PDF n’étant pas de réduire l’utilisation du papier?

    J’ai le goût de réécouter le documentaire “The Corporation” soudainement je crois…

    Étant un amoureux de la nature qui fais de son possible pour ne pas lui nuire. J’aime à lire ce genre de travail et je pense me procurer des ouvrages de David Suzuki et Hubert Reeve prochainement.

  12. 12 Fred

    L’arrivé du format PDF était plus d’offrir un format imprimable universel, mais bon.

    J’ai assisté à une conférence et j’ai lu le livre de Hubert Reeves. Très intéresssant et je le recommande à tous les gens qui ont un intérêt face au changement climatique et ce que ça apportera.

    David Suzuki pour sa part offre dernièrement une bibliographie qui est très intéressante!

    Bonne idée Jean, procure toi ces livres :)

    Nous, jeunes designer, avons beaucoup d’influence. Pleins d’idées, d’énergies, pret à affronter les habitudes et routines de nos pères, les babies boomers… Pour ma part, j’essai de gaspiller le moins possible de papier, d’encre et je recycle tout!

    Dans plusieurs écoles et édifices du gouvernements, il n’y a toujours PAS de recyclage… Pourquoi les lumières des édifices du gouvernement sont TOUJOURS ouvertes?

    Ce ne sont que de petit détails, que notre génération jeune feront changer.

    Yvons Chouinard, créateur de Patagonia et l’organisme 1% for the planet a dit : "There is no profit to make out of a dead planet".

  13. 13 taïla

    Le texte contient beaucoup d’espoir et d’idéalisme mais le ton poétique et inspiré ne me semble pas approprié. Nous ne sommes plus dans les années 70 après tout. Pour l’ensemble du texte,nous n’avons d’autre choix que d’être d’accord. En tant que designer, il est de notre devoir de se responsabiliser et du même coup, sensibiliser les gens sur l’état de notre planète. Ironiquement, nous faisons en quelque sorte parti de cette chaîne de production de l’industrie du papier…

  14. 14 evey

    Ne serait-ce que parce que nos pratiques de protestation et de contestation doivent être renouvelées, créées, inventées, et qu’on ne peut pas laisser aux grandes entreprises le monopole de notre paysage (nos murs sont remplis de pubs, les règlements communaux ne contiennent pas tous de panneaux d’affichage libres, etc.) Juste pour ça : les gens de communication doivent refuser d’être de simples outils. Rick Poynor en parle très bien : dans La loi du plus fort (super bouquin), et dans un des DVD Design Flux (le 3è?).
    J’adore que les graphistes se battent depuis 40 ans pour valoriser leur métier, consciemment. Merci d’avoir apporté le débat.

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