Rêver en numérique

Nuymérique

Dans notre univers hautement technologique, notre écran télé nous sert de cinéma, notre téléphone, d’appareil photo, notre lecteur MP3, de console de jeux et notre ordinateur, de meilleur ami. Vous ne trouvez pas étrange dans ce contexte que l’imprimé continue d’être la référence créative pour le milieu du design graphique ?

On n’a qu’à regarder les catégories des concours en design graphique pour s’en convaincre. Prenons nos prix Grafika, par exemple. Six des catégories sont consacrées aux productions électroniques, et les 29 autres, à l’imprimé.

L’imprimé restera toujours une grande source de plaisir pour les sens. La vue, le toucher, l’odorat, même! Pensez à l’odeur d’une pièce qui vient de sortir des presses. Mais les jeunes designers, qui sont tombés dans l’ordi quand ils étaient petits, devraient être en train de défricher de nouveaux territoires, non?

Corrigez-moi si je me trompe, mais j’ai l’impression que «l’establishement» des designers « pense » encore en imprimé. Je parie même que les étudiants en design graphique rêvent encore de produire des affiches culturelles. Pendant que plusieurs sites web exploitent le filon de l’imprimé rétro comme le prolifique GrainEdit et qu’on voit des fontes anciennes refaire surface chez les fonderies indépendantes, ne pensez-vous pas qu’il serait temps de recommencer à rêver en numérique?

Sylvie Cloutier


3 commentaires sur «Rêver en numérique»

  1. 1 Antoine Nonnom

    « Corrigez-moi si je me trompe… ».
    Demandé si gentiment…

    - L’imprimé continue d’être « la référence créative », pour ceux qui le veulent bien. Les autres savent qu’il se produit autant d’excellent design imprimé que de design numérique. Il faut simplement se donner la peine de regarder au bon endroit. Chaque film et chaque émission de télé a son générique. Chaque site web est une pièce de design. Chaque interface de produit numérique aussi. Chaque station de télé doit concevoir son identité pour l’écran bien avant de penser l’imprimer sur sa papeterie. Beaucoup de vidéoclips sont conçus par des designers…

    - Croire qu’il n’y a pas de prix pour le design numérique est complètement ridicule. Il y en a tellement, en fait, qu’ils sont décernés dans un gala à part (avec ses 27 catégories): Boomerang… http://resultats.infopresse.com/prixboomerang/accueil.html

    Et de toute manière, prendre Grafika n’est pas un bon exemple. Ils sont à la remorque de ce qui se fait en 2009.

    - Je pense que vous associez automatiquement certaines « catégories » au design imprimé. Une erreur historique qui se corrigera avec les années. Par exemple, « identité visuelle » ou « logotype ». Un logo qui n’est pas imprimé reste un logo.

    - L’imprimé jouit d’un capital de nostalgie. Pas le numérique. Si les designers sont nostalgiques de l’imprimé, c’est peut-être parce que ça fait 500 ans qu’on peut se permettre de l’être. Le rétro numérique n’existe (presque) pas encore.

    - Les fonderies indépendantes prennent le virage numérique exactement comme l’industrie du disque : repackager des vieux classiques pour les vendre à nouveau. Rolling Stones remasterisés ? Helvetica Neue !

    - Certains designers ont bien le droit de rêver d’affiches. Mais pourquoi ne parle-t-on pas de ceux qui rêvent de faire du cinéma, de la 3D ou des vidéoclips ?

    - Si « l’establishment du design » (?!) est formé de ceux qui ne veulent pas comprendre qu’un intégrateur web peut aussi être un designer… je suis heureux de ne pas en faire partie.

  2. 2

    Les changements technologiques ont toujours affecté les modes de production des designers à travers le temps.

    Il est vrai que la nouvelle économie, celle du savoir, a été enclanchée par de vifs changements technologiques et que nous entrons dans une ère où le support physique a tendance à être substitué par le support virtuel.

    Mais comme à chaque tournant de l’histoire, il faut faire attention de ne pas exagérer lorsqu’on pense que le web remplacera le papier. Quand la télévision est apparue, la radio est restée. Ce n’est qu’une question de balancier et de redivision des pointes de tarte.

    La technologie nous sert, mais ce n’est pas une finalité unique en soi, même si elle nous permet d’acquérir de la vitesse et de vivre dans l’instantanéité.

    Rien ne remplacera en totalité le touché, du papier, d’un mur, d’un livre, d’un objet et le support numérique a l’avantage d’éliminer ce qui en mon sens, ne méritait peut-être pas toujours ce précieux placement.

    L’information brute n’a pas besoin d’être encadrée, reliée, imprimée sur « feuille d’or » ou papier glacé et d’encourager la coupe d’arbres pour des futilités ou de la publicité.

    Un abus a été atteint, il est temps de ramener l’équilibre dans le monde de la communication visuelle, pour l’environnement, et aussi pour la finalité; court-terme, long-terme.

    Par contre, les messages sociaux, les messages porteurs de sensualité, ceux qui suivent le gens dans leur quotidien et qui utilisent une communication par une approche réelle, physique, retrouvera je l’espère son équilibre et sa valeur à nos yeux, car celle-ci a un impact complètement différent et se situe au delà de l’instant présent.

    À propos de la finalité des méthodes productives et de la fonction;

    « Digital technology makes this possible, and life is easier for the graphic designer. But not every idea can be executed in this way. » – Adrian Shaughnessy

    Au sujet de la mondialisation du travail, de l’émergence des nouvelles technologies de l’information et de la communication, incluant Internet et le partage en ligne;

    « Today, there are so many globalization forces at work, to make everything look the same, that I think it has become the responsibility of everyone, including designers, to point out and maintain our respective cultural features. Designers can do this through their work by looking for inspiration from sources close to them. » – Alice Twemlow

    Il est intéressant de réfléchir… et de penser à nos façons de travailler comme designer.

  3. 3 Mathieu Cournoyer

    Pourquoi mettre en opposition imprimée et numérique? Quels sont les critères ce jugement de valeur? Si nous choisissons cette posture, beaucoup d’éléments jouent en défaveur du numérique, enfin, en apparence…

    D’abord son immatérialité : une affiche ou un livre perdure dans l’imaginaire, car il y a toujours la chance d’être retrouvé quelque part, aussi il peut faire partie d’une collection. En ce sens, sa matérialité permet sa rareté ce qui est en soi une explication de sa valeur mythique. Tous les débats autour de l’art numérique sont applicables ici, les enjeux de conservation, etc. Paradoxalement, la qualité du numérique est exactement son inverse : la démocratisation de son accès (dans le monde occidental du moins) contraste avec la rareté de l’objet imprimé.

    Ensuite, « publier » c’est encore une consécration qui appartient au papier. Plus le nombre d’étapes est importante (comité de relecture, travail soigné de mise-en-page, qualité du travail de l’imprimeur et du relieur) plus le contenu est célébré. Le numérique offre l’instantanéité, le choix, la discussion, le partage, toutes des qualités qui rétorquent au médium imprimé par des valeurs contemporaines.

    Finalement, les concours en design graphique sont plutôt choses récentes dans l’histoire. Il aura fallu que cette discipline du design traverse plusieurs phases avant que l’on reconnaisse son travail comme « une oeuvre ». Ainsi, autrefois être designer graphique ou typographe référait d’avantage à un travail anonyme d’artisan c’était : « la discipline nécessaire pour diffuser le l’information ». Aujourd’hui c’est au numérique d’occuper cette fonction. L’imprimé reste le maitre de l’information «officielle»

    -
    «Élitisme», «mysticisme» et «reconnaissance» ont comme corolaire «démocratisation», «instantanéité» et «collaboration» dans le monde numérique.
    -

    Mettre en opposition design graphique imprimé et design graphique numérique en fonction de la reconnaissance offerte en concours a chacun d’eux c’est avant tout parler de soi : de ses valeurs. L’erreur est de regarder le monde numérique avec une échelle de valeurs appartenant aux produits imprimés! La notion même de concours vient de valeurs associées à l’objet…

    Dans le champ du design graphique, concevoir le travail numérique comme une «oeuvre» est l’erreur. Adhérer à une nouvelle échelle de valeurs en est l’antidote.

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