Un logo, combien ça coûte ?

En réponse au reportage du réseau TVA Nouvelles « 65 000 $, trop cher payé pour un logo? » diffusé le 22 avril dernier.

Récemment, le Biodôme, l’Insectarium, le Jardin botanique et le Planétarium de Montréal lançaient un appel d’offres de 900 000 $ pour un plan de marketing et commandite, trois campagnes publicitaires et un système d’identité visuelle pour l’ensemble de ces institutions. Dans un reportage à saveur sensationnaliste, le journaliste Yves Poirier questionne le prix payé pour le logo « et ses déclinaisons ». Comble de ridicule, il interroge des « experts en logo » anonymes au sujet du prix à payer pour un logo « ordinaire ».

Alors, quel serait le juste prix d’un logo? Celui que votre beau-frère menuisier a payé pour avoir son logo sur sa camionnette ? Un bon logo est l’aboutissement d’un exercice de synthèse et de création. Imaginez que vous êtes propriétaire d’une entreprise : essayez de la résumer en dix mots, puis en une image. Assurez-vous ensuite que cette image vous démarque des concurrents, qu’elle attire votre clientèle, qu’elle ait de l’impact en toutes situations et qu’elle garde sa pertinence pendant de nombreuses années. Ah oui, tâchez aussi de convaincre tous vos associés que c’est l’image qu’il vous faut.

Un bon logo n’est pas une image qu’on achète au rabais. Dans le cas du logo « Espaces pour la vie », il est facile de comprendre que les concepteurs ont dû réfléchir à la cohérence d’un système qui englobe quatre institutions sous un même chapeau à travers une foule d’applications qui vont des campagnes publicitaires aux communications institutionnelles. C’est un travail méticuleux et ardu qui justifie pleinement la somme demandée.

Quant à François Limoges, conseiller municipal de l’équipe Projet Montréal interviewé dans le reportage, au lieu de reprocher aux élus de gaspiller les fonds publics, il devrait les féliciter d’avoir engagé une firme de talent, capable de créer une identité visuelle de calibre international. En plus de susciter la fierté des citoyens et l’admiration des visiteurs étrangers, cette identité contribuera à rapprocher Montréal de son objectif de se hisser parmi les grandes villes de design.

Pour ce qui est de la suggestion de M. Limoges de faire appel aux étudiants en design dans le cadre d’un concours, celle-ci est tout bonnement méprisante pour la profession. Est-ce qu’on songerait à faire appel à des étudiants en génie civil pour concevoir le nouveau pont Champlain durant leur temps libre?

Il serait temps que les médias cessent d’exploiter des histoires d’honoraires de création de logo pour faire de l’information-spectacle. Et il serait temps surtout qu’on réalise l’apport du design comme levier économique et culturel dans notre société pour enfin reconnaître le travail des designers à sa juste valeur.


14 commentaires sur «Un logo, combien ça coûte ?»

  1. 1 Steven

    Tout simplement bravo!

  2. 2 Luce Beaulieu

    L’effritement de la valeur perçue de notre travail est malheureusement trop bien représenté par ce reportage. J’aurais aimé savoir quelles sont les « sources crédibles » du journaliste… mais le fait que l’on dise dans les médias qu’un logo ça coûte entre 400$ et 1000$, ça donne de la munition aux détracteurs du design graphique professionnel.

  3. 3 Julien

    C’est contestable, ils n’ont pas tort. Combien d’autres choses le sont, cependant ? Sur le budget de la ville, 900 000,00, ça ne compte tout de même pas beaucoup. En tout cas, M. Limoges s’est montré bien insignifiant.

  4. 4 Lison

    Je crois en la juste rémunération, mais 65 000 $ frôle le scandale des commandites…

  5. 5 Guillaume

    65000$ pour un amas de taches de peintures mal ordonné?
    Je trouve ça un peu cher payé ;) Ma fieule de 5 ans aurait fait mieux. Il y a quelqu’un quelque part qui doit avoir les poches bien pleines… Ça me rappelle la saga du « nouveau » logo de la Ville de Québec lors des fusions ou encore le désastre du logo des olympiques de Londres… Il y a une tonne d’excellents designer graphiques a Montréal qui auraient sans doute fait une bien meilleure job que ça et pour une fraction du prix. Ah, corruption, quand tu nous tiens.

  6. 6 Marc Serre

    Pas sûr qu’on parle de corruption ici.

    Tu demanderas à ta filleule de préparer des documents de présentation et de les présenter à un groupe afin de les convaincre. Par la même occasion, demandes-lui donc de produire des déclinaisons, choisir une typo, faire de la de la signalétique et des pubs, tout ça en maquettes réelles. On s’en reparlera.

    Tu sembles ne pas connaître ni la nature ni l’étendue d’un projet comme ça.

    Dans le doute, mieux vaut d’être circonspect.

  7. 7 Lison

    et vous Marc, vous trouvez ce logo attrayant et DESIGN ? dans tous les cas, celui qui l’a vendu était convaincant…

  8. 8 Marc Serre

    Il ne sagit pas d’aimer ou de détester un logo. Que vous aimez les taches ou les lignes m’importe peu. Il sagit d’un article de journal aussi racoleur qu’un vulgaire ragot, nourri d’amertumes et référencé par de «spécialistes du design», aussi anonymes que peu crédibles. On ne peut pas dire n’importe quoi.

  9. 9 Mary

    C’est drôle aussi comme on oublie facilement le « back end » de ce type de projet. Combien de choix de logo ont été présentés avant d’arriver à celui-ci? 3? 10? 50? Combien d’heures ont été investies à discuter des besoins, des objectifs, de la stratégie marketing? Après, on aime ou on n’aime pas, mais on ne peut pas renier tout le travail qu’il y a derrière un projet de cette envergure. On parle quand même ici d’une attraction qui se veut internationale, originale et attrayante. Rien n’a comparé au logo sur une camionnette d’une Xème compagnie de tondage de pelouse que ti-clin qu’y est ben bon en dessin a fait…

  10. 10 Claude Auchu

    C’est quand étrange et navrant de voir qu’un autre reportage mine notre profession et que nous, communicateurs appuyé d’une association professionnelle, ne soyons pas présents publiquement pour rectifier la situation…

  11. 11 Philippe Lamarre

    Claude, comme je te l’ai déjà mentionné, cette nouvelle est passée hors de notre radar lors de sa diffusion (désolé, mais je ne regarde pas TVA…). Dans un monde idéal, nous aurions réagi le jour même, dans une contre-offensive instantanée.

    Nous avons appris l’existence de ce «reportage» une semaine après sa diffusion et c’était déjà du «old news» comme on dit. Y répondre aurait été futile, parce que nous n’aurions pas eu de tribune et aussi parce que ça n’avait pas fait réagir le grand public, donc de toute évidence, personne n’a été suffisamment scandalisé par cette nouvelle pour la relancer, à part la communauté des designers graphiques, évidemment.

    Sortir des nouvelles sensationnalistes du genre est l’apanage de TVA et s’ils voulaient, ils pourraient en sortir des dizaines chaque semaine. L’accès à l’information étant ainsi fait, on sort des factures pour des services rendus, qu’elles proviennent d’ingénieurs, de compagnies de construction ou de designers graphiques et ensuite, on grimpe dans les rideaux en disant «tout ça pour ça» sans que le journaliste y connaisse quoi que ce soit et en interviewant de supposés experts anonymes.

    Bref, pour moi, c’est de l’enfantillage, qui, oui, je l’admets entretient certains préjugés à propos de nos services, mais je préfère mener des combats que je peux gagner et tenter d’influencer des gens susceptibles de nous embaucher, pas le grand public qui s’indigne sans vraiment connaître le fond des choses.

    Bref, tu as raison de dire qu’on aurait dû répondre, mais nous avons manqué le bateau et il valait mieux laisser passer la tempête… dans un verre d’eau.

    Philippe

  12. 12 Base

    Heu… Le prix c’est pas juste pour le logo en général. D’autres facteurs entrent en compte.

    - La création des documents de charte graphique. Mise à jour de l’ensemble des documents graphiques (papiers à en tête, formulaires, etc.) de l’entreprise.

    - Les processus d’appel d’offre, d’écriture du cahier des charges et de validation, parfois très compliqués et très longs dans les grandes entreprises et pire encore dans les institutions.

    - La diffusion. Le logo étant considéré comme une oeuvre, la visibilité qu’il aura après avoir été créé entre en ligne de compte dans le calcul.

  13. 13 moii

    Bravo, super article!

  14. 14 Valérie Desrochers

    Je n’ai pas lu tous les commentaires ci-dessus et j’espère ne pas dire ce qui aurait déjà été dit. J’ai fait quelques recherches sur les institutions montréalaises et je suis allée sur les sites internet du Biodôme, de l’insectarium, du Jardin botanique…

    http://www2.ville.montreal.qc.ca/biodome/site/site.php?langue=fr
    http://www2.ville.montreal.qc.ca/jardin/menu.htm#
    http://www2.ville.montreal.qc.ca/insectarium/fr/index.php

    Franchement, est-ce une blague? Je suis outrée de voir qu’il n’y a eu encore aucun effort pour faire un portail intéressant visuellement et simplement fonctionnel. Ce sont des institutions importantes culturellement et éducatives de la ville de Montréal et… où est le graphisme? Okay pour développer une nouvelle identité regroupant ces établissements (qu’on soit d’accord avec le résultat ou non), mais il faut bien développer tout ce qui entoure une nouvelle image. J’en suis bouche bée.

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